A Locminé puis à Vannes, les salariés dans la tourmente, ont suivi le ministre du Travail.En scandant inlassablement : « Xavier, on n'est pas fatigués ».
Locminé, 11 h, hier matin. Devant le magasin Champion qui promet « plus facile la vie », des manifestants banderoles à la main sont encadrés par un imposant déploiement de gendarmes dans leur carapace d'intervention. Des salariés de Dandy de Pontivy, l'usine de dindes en redressement judiciaire ; de l'entreprise agroalimentaire Doux à Locminé où 451 salariés vivent le chômage qui se profile comme « le pire moment dans une vie ».
Ils sont 150. Formant une haie d'honneur bruyante accueillant les automobilistes, en file indienne avant le rond-point de l'hypermarché. « Ça va mal à Locminé ! » ; « l'emploi va mal » hurlent certains ; d'autres portent à bout de bras des pancartes affichant : « Les ouvriers mal payés, les cravatés trop payés, vous finirez par partager ».
« Mais quel monde... »
À quelques mètres de là, l'ambiance est toute ministérielle. Le ministre du Travail visite la nouvelle zone d'activités du Talvern après être allé à Ploërmel. Serre des mains, encourage les commerçants. Xavier Bertrand est suivi par un cortège qui marche au pas. Les manifestants sont tenus à l'écart. « On nous interdit d'approcher » lance, amère, Danièle qui donne de la voix dans le mégaphone, « Xavier, on n'est pas fatigués ».
« Il fait comme si tout allait bien. Il inaugure cette zone qui éloigne les commerces du bourg », peste Daniel Lemare, secrétaire de l'union locale CGT de Locminé. Cette zone « n'a créé aucun emploi. Les commerçants du centre-bourg viennent là. Mais si, ici, tout le monde est au chômage, qui viendra leur acheter leurs produits ? Ça ne va pas tenir longtemps ! Mais quel monde... »
Pour les manifestants, plutôt dociles loin du raout ministériel, « la seule solution est de manifester, d'interpeller les citoyens ». Puis, comme par enchantement, les gendarmes tournent les talons. La voiture du ministre prend la route. Les manifestants prennent la tangente pour « casser la graine. On a rendez-vous cet après-midi à la préfecture. On attend de voir ».
« Super-inquiétante »
Vannes, 14 h 30. Devant les grilles de la préfecture, le soleil cogne, les slogans claquent, la musique résonne, « Motivés, motivés ». Pas de forces de l'ordre. En choeur, les salariés dans la tourmente reprennent « Xavier, on n'est toujours pas fatigués ». 15 h 30, la délégation de l'entreprise Doux est reçu par le ministre du Travail.
« Cette société-là, on n'en veut pas » clament les manifestants assis sur le trottoir. De temps à autre, Guénaëlle et Henri, de Dandy, font claironner leur « dandinette », une sirène faite maison qui ne les quitte plus « depuis quatre mois qu'on est dans la galère. Elle porte chance : au tribunal on a gagné ». Ici, on cause de la situation à Quimper « super-inquiétante. Chez Père Dodu, l'activité baisse bizarrement ». Là-bas, « Doux gère mal ses affaires ou trop bien ». Et « 75 % des salariés ici sont des ouvriers non qualifiés. On va faire quoi ? » On hue ou on applaudit à chaque entrée et sortie de la préfecture.
Ils ne sont toujours pas fatigués, les manifestants mais « on aimerait bien être respectés. C'est dingue d'être là, de vivre ça ! ». Aujourd'hui pour Danièle, Guénaëlle, Henri, Daniel et les autres, une nouvelle journée commence. Ils sont à Châteaulin où sont discutés les contours du plan social de Doux.
Isabelle JOHANCIK.
Lien : Morbihan
(Ouest-France)
Déclaration de la Fédération PCF du Morbihan24 rue Jules Le Grand - 56100 LORIENT - T - 02.97.21.01.26 - F - 02.97.64.50.41 -
contact@56.pcf.frDoux, champion de la volaille en Europe, supprime 513 emplois dans le Morbihan
13 juillet 2008
La nouvelle produit une véritable onde de choc dans le Morbihan : le groupe Doux a décidé de fermer le site de Locminé et de supprimer une soixantaine d’emplois sur le site de Pleucadeuc.
Les premières victimes de cette décision sur les salariés de l’entreprise qui après s’être vu refuser la revalorisation de 5% de leurs salaires,viennent d’apprendre que le groupe a décidé de supprimer plus de 600 emplois. Sur les 13 000 emplois du groupe, 6 000 sont localisés en France ; la restructuration engagée représente donc une suppression de plus de 10% des emplois du groupe DOUX en France.
Le directeur général du groupe continue d’affirmer que le groupe n’est pas à vendre et qu’il serait désormais ouvert à un partenariat industriel dans le seul but, affirme t-il, de reconstituer ses fonds propres tombés à 70 millions d’euros, contre 156 millions en 2005.
Les causes des difficultés financières rencontrées par le groupe DOUX sont multiples. A la flambée de plus de 40% du coût des céréales s’ajoutent désormais des facteurs financiers qui expliquent les 35,2 millions d’euros de pertes affichées par le groupe Doux pour l’année 2007.
La Fédération du Morbihan apporte toute sa solidarité aux salariés de DOUX et à leurs syndicats et demande à ce que toutes les solutions pour le maintien de l’activité et de l’emploi soient recherchées.
Lorient le 11 juillet 2008.
Qui veut bien donner des dindes pour relancer l'activité du site de Pontivy ? Interpellé hier, le groupe Terrena (Languidic) a refusé.
« Si personne ne veut nous aider, on est mort. » Florence Even, déléguée du personnel CGT expose la situation : « Il est urgent de trouver un industriel qui remet de l'activité sur le site de Pontivy, ne serait-ce que pour une période de quinze jours. Sans activité, il n'y a pas de trésorerie. Sans activité, il est difficile pour l'administrateur de chercher sereinement un repreneur. »
Dandy, filiale de découpe de dindes d'Unicopa, a été placée en redressement judiciaire le 30 juin pour deux mois renouvelables. « Le délai est court », lâche une salariée. Pour rester dans l'action et ne pas regretter de n'avoir rien tenté, elle et 120 collègues ont bloqué l'usine Terrena de Languidic, hier matin, de 7 h 30 jusqu'au début de l'après-midi. Avec l'objectif de solliciter une aide de Terrena.
La demande a été formulée à 16 h, en mairie de Languidic. « Les dirigeants ont refusé, en mettant en avant un marché difficile, rapporte Florence Even. Terrena a pris nos clients, notre marché. Les salariés sont restés sur le carreau. » Après un accord scellé en mars, les 33 000 dindes découpées par semaine chez Dandy sont parties chez Socavi à Languidic, une ancienne société d'Unicopa désormais propriété du groupe Terrena.
Ce vendredi, l'administrateur, maître Sophie Gautier, rendra compte des contacts qu'elle a noués au fil de la semaine avec des industriels. La rencontre est prévue sur le site de Pontivy. Là même où les ouvrières aimeraient entendre, à nouveau, le bruit des machines.
Nelly CLOAREC.
Ouest-France
Unicopa, la maison mère, demandait la liquidation de sa filiale de découpe de dindes, à Pontivy. Le tribunal de commerce de Lorient ne l'a pas suivie. « On a gagné une étape mais il ne faut pas s'emballer. On a deux mois pour trouver un repreneur pour l'usine », commente Florence Even, déléguée du personnel CGT de Dandy. Comme la plupart de ses 235 collègues de Pontivy (à majorité des femmes), elle a fait le déplacement, hier matin, jusqu'au tribunal de commerce de Lorient pour entendre le délibéré des juges sur Dandy.
Le groupe coopératif Unicopa a déposé le bilan, mardi 24 juin, en réclamant la liquidation de sa filiale. Dans un marché de la dinde plutôt morose, l'entreprise a creusé son déficit. Elle affiche un passif de 14,6 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 42,1 millions d'euros et accumule des pertes mensuelles de 500 000 €. Malgré l'ampleur du naufrage, le tribunal rejette la liquidation « dès lors qu'il peut y avoir, éventuellement, des solutions de reprises non encore explorées ». Dandy est donc en redressement pour deux mois renouvelables avec un administrateur judiciaire, maître Sophie Gautier, à sa tête.
« Une famille unie jusqu'au bout »
Salve d'applaudissements dans la salle. Des sourires éclairent les visages marqués par l'occupation 24 heures sur 24 de l'usine depuis le dépôt de bilan. « Psychologiquement, c'est une victoire car la direction voulait nous balayer propre et net, explique une salariée. On a travaillé toute notre vie dans cette usine, on y a laissé notre santé et c'était trop dur d'être remercié comme ça. »
L'avenir apparaît quand même en pointillé. Les 33 000 dindes découpées par semaine chez Dandy sont parties chez Socavi à Languidic, une ancienne société d'Unicopa désormais propriété du groupe Terrena. « Avec l'aide de l'administrateur judiciaire, nous allons chercher des industriels, contacter le préfet, prendre contact avec Terrena, indique Florence Even. L'usine peut tourner même avec une autre production. » Les payes de juin seront versées par le fonds national de garantie des salaires. Ensuite, les ouvriers (ères) prendront leurs congés par roulement. « Dandy est une grande famille et elle restera unie jusqu'au bout », insiste Guénaelle.
Jean-Paul LOUÉDOC.
Unicopa a réclamé la liquidation de sa filiale, hier, au tribunal de commerce de Lorient, entraînant la réaction virulente du personnel.
« Lâche, tu nous fous dans la m... ! ». 16 h 30, hier après-midi, Daniel Sauvaget, le directeur de la branche volailles d'Unicopa et PDG de l'usine Dandy de Pontivy, quitte le tribunal de commerce de Lorient sous les huées d'une centaine de salariés de l'usine. Protégé par un cordon de policiers, il se fraie un passage en voiture jusqu'à la rue. Un face à face extrêmement tendu car le personnel vient d'apprendre par la voix du président du tribunal que le groupe coopératif demande la liquidation pure et simple de leur entreprise spécialisée dans la découpe de dindes.
Pour les salariés, c'est un nouveau coup de massue après l'annonce du dépôt de bilan, mardi. « La direction d'Unicopa affirme ne plus pouvoir faire face à ses engagements financiers, explique Claude Larzul, l'avocat du personnel. Elle dit même ne pas pouvoir régler les salaires de juin des 235 salariés et demande à pouvoir bénéficier du fonds national de garantie des salaires. »
La filiale d'Unicopa accuse un passif de 16,5 millions d'euros dont presque 14 millions sous forme de créances auprès de la maison mère. « Si on écarte cette dette, ça ne fait plus que 2,5 millions d'euros de passif, calcule l'avocat. Dandy doit par ailleurs faire rentrer 1,2 million d'euro de factures. Du coup, le déficit par rapport aux 35 millions d'euros de chiffre d'affaires paraît moins considérable. Ça vaut donc la peine d'examiner des solutions pour prolonger l'activité et trouver un repreneur. »
L'usine toujours occupée
Les juges s'accordent un délai pour examiner le dossier, ils rendront leur délibéré, lundi 30 juin à 11 heures. Florence Even, déléguée du personnel CGT, y voit un petit signe d'espoir. « Au moins, ils n'ont pas expédié l'affaire. Il faut rester confiant malgré tout. » Pourtant, l'usine ne tourne plus. « Nous avons juste reçu 600 kg de filets de dindes, mardi, et après tout s'est arrêté, raconte Guénaelle, une ouvrière. La production est partie chez nos collègues de Languidic qui appartiennent désormais au groupe Terrena. Il faut se battre pour obtenir le retour des 33 000 dindes/semaine sur l'usine de Pontivy. »
L'avocat Claude Larzul espère que le tribunal prononcera une mesure de redressement avec la nomination d'un administrateur judiciaire. En attendant, les salariés continuent à occuper l'usine 24 heures sur 24 par roulement. « et lundi, nous serons de retour au tribunal de commerce à Lorient », promet Florence Even.
Jean-Paul LOUÉDOC.
Ouest-France
Alors qu'un plan social est en cours, les 235 salariés de l'usine Dandy, à Pontivy, ont appris, hier, que la direction vise un dépôt de bilan. « Je me suis toujours battue pour Dandy. Et Dieu sait si on a eu des coups durs, commente Martine, 58 ans, ouvrière chez Dandy depuis 34 ans. "Mais là, ça a été le coup de massue." La direction de l'usine, filiale du groupe coopératif Unicopa, s'est déclarée, mardi, en cessation de paiement au tribunal de commerce de Lorient. Hier matin, les salariés ont commencé à 7 h 20. À 10 h, ils ont été avertis qu'ils étaient dispensés de travail.
« On nous traite comme des malpropres », dit l'une. « Ils n'ont aucun respect pour nous », ajoute une autre. Cette annonce « brutale » intervient alors qu'un plan social était en cours. En mars, après la reprise des activités volailles d'Unicopa par Terrena, les salariés avaient appris la fermeture de leur entreprise en juin. Depuis, les délégués CGT du personnel ont tout fait pour retarder l'échéance. Mercredi, « on a encore été assommés ».
Hervé Le Roy, le porte-parole d'Unicopa, explique de son côté : « Dandy se trouve sur un marché, la transformation de dinde, qui s'est fortement dégradé ces dernières années. La situation s'est aggravée ces derniers mois. Les ressources de la société sont épuisées. Elle ne peut plus faire face à ses charges. La suite des événements est dans les mains du tribunal de commerce de Lorient. » L'audience est prévue ce jeudi, à 15 h.
Et qu'en est-il du plan social ? « Le reclassement des salariés reste la priorité d'Unicopa, affirme-t-il. 217 postes sont proposés. » Les 235 employés concernés (contre 238 en mars, car deux sont décédés et un a quitté le groupe), dont 80 % de femmes, ne sont pas convaincus. « On nous propose des emplois de désosseurs de jambon à Loudéac, des places à Guingamp, dans les Côtes- d'Armor, ou à Bécherel, en Ille-et-Vilaine, voire en Normandie. On va finir en intérim. » Les salariés ont décidé de se relayer par groupes de vingt pour occuper l'usine. Aujourd'hui, Martine et ses collègues seront à Lorient « pour soutenir nos délégués ».
Claude LEMERCIER.
Ouest-France
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